Aucune région n’est plus curieuse, aucune moins visitée que le bassin de la Sienne. Et pourtant, dans ce vaisseau dont les parois festonnées s’arrondissent de Saint-Sever à Montchaton : que de souvenirs historiques !

Les origines
Situé sur un antique itinéraire reliant Saint-Lô à Avranches, Percy est inconstestablement une entité fort ancienne. On reconstitue d’aillleurs sa forme Gallo-romaine dans son étymologie "Patriacum" : le domain de Patricius. La dédicace de la vieille église à saint Martin, confirme ce caractère ancien d’édifice chrétien bâti à proximité d’une voie de communication ancestrale. Elle était attachée à la baronnie de la Roche-Tesson, dont le siège était fixé au château dudit lieu. La commune figura parmi les collectivités les plus sinistrées du département de la Manche, au cours de la bataille de 1944, et elle fit l’objet d’un plan d’aménagement et d’un périmètre de reconstruction.
La carte du diocèse de Coutances, réalisée avec approbation du roi en 1689, est la plus ancienne illustration connue à ce jour où la paroisse de Percy est représentée. Elle présente plusieurs indications et pictogrammes : la vieille église aux douves (saint Martin) ; la bute de Montabot pour désigner la ligne de crête de collines ; la chapelle des Bretonnières ; le pictogramme de l’église saint Jean-Baptiste avec ses trois portions ; pont Bacon (entre Percy et Le Chefresne) ; maison notable et chapelle de Sienne ; maison notable et chapelle du Mesnil-Céron ; trois moulins sur la Gièze : deux en amont des Bretonnières et le troisième en aval du confluent de la Gièze et de la Doquete, sous la retenue d’eau ; trois guets sur la Gièse et la maison notable de la Mancelière.
Il y a trois cures, le revenu de la 1ère portion s’établit à 1000 livres ; de la seconde, de 3 à 400 livres ; et de la dernière de 4 à 500 livres. L’abbé de Fontenay présente à la 1ère portio ; Monsieur de Matignon, à la seconde ; et le sieur du Désert Campion, à la 3ème. Les dîmes appartiennent à l’abbé de Hambye, à l’abbé de Fontenay et au chapelain de la chapelle du Mesnil-Céron. Les curés ont les aumônes et franc domaine (?). Les fiefs : le fief de saint Martin : pour monsieur de Matignon ; de la Mancelière : idem ; de la Roche-Tesson : idem ; de Fontenay : pour l’abbé de Fontenay ; de Montfiquet : pour Julien Danjou ; du Mesnil Céron : dont les rentes seigneuriales appartiennent à la dame de Nemours, au droit de la maison de Longueville ; de Sienne : au sieur Boucard du Mesnil-Amé ; de la Varablière : au sieur Le-Tellier ; de la Crespinière : au sieur Le-Forestier. La chapelle du Mesnil-Céron est très ancienne et le chapelain a une partie desdites dîmes. Le terroir de la paroisse est de labour en tous blés, plants prairies, bois taillis et landages. Les tailles d’élèvent en 1697 à 8831 livres. Il y a 560 feux.
Cette carte représentée les 3 généralités de la Normandie. Elle est intéressante sur le fait que le géographe a classé les paroisses : hameau (habitat dispersé essentiellement), gros village, bourg (habitat densifié important). Percy est représenté en hameau, au même titre que les autres paroisses du secteur, à l’exception de Montbray qui est un gros village. Par opposition : Hambye, Pont-Fracy, Le-Guislain, Gavray, Landelles, Villedieu, Cérences, sont des bourgs.
Elle fait découvrir de nombreux villages : La Benoitière, La Castelière, La Pointrie, Vaubourdon, La Canière, Le Hamel aux Louveaux, Le Hamel Hubert, La Quesnelière, La Henrière, Le Hamel aux Hervy, La Voisinière, La Gollerie, La Vieille église (l’édifice est représenté en ruines), Le Mesnil Coq, La Mazurie, Le Hamel au Chapon, La Vérablière (avec une chapelle), Le Breuil, Le Roquier, La Boissardière, La Malzardière, La Halle aux Monniers, Le Hamel au Tellier, La Ménardière, La Cavée, La Porte aux Vilains, Le Mesnil Céron, La Roquelinière, La Noblerie, Le Hamel, Le Lorier, Les Fieffes, La Villière, Le Bois Morand, Valhebert, Sienne, Les Bretonnières (avec une chapelle), la Frence.
L’assemblée paroissiale, à l’occasion de l’établissement des cahiers de doléances de 1789, présente ainsi la paroisse de Percy : "Que ladite paroisse, de tout temps regardée comme une des plus étendues des environs, contient une très grande quantité de bois taillis de haute futaie, bruyères, rochers, marais et landages, dont on ne peut tirer aucun parti, et en outre une infinité de mauvais fonds, qui quoique labourables en quelques endroits, indemnisent à peine, par les récoltes qu’ils produisent, les laboureurs des dépenses immenses qu’ils sont obligés de faire pour leur culture ; que tous les terrains bordiers et peu éloignés de ces bois sont exposés aux ravages des animaux sauvages, qui en pillent et endommagent considérablement les récoltes. Il se trouve dans cette paroisse des contrées de terrain d’une qualité médiocre, qui au moyen des engrais de mer, de ceux des villes et la chaux, seraient d’un certain rapport. "Faute de chemins praticables", les habitants sont privés des engrais qui sont l’âme de la fécondité et que réduits à engraisser leurs terres de leurs propres productions, ils ne peuvent jamais les porter au degré de fertilité dont elles pourraient être susceptibles".
Seul le bois taillis de Sienne est représenté et le mont Fiquet est couvert de bois. Le Mont Robin est un espace ouvert.
Superficie
La superficie de la commune est de 3704 hectares. Ce qui en fait la 4ème du département, d’après sa superficie totale, après les communes d’Isigny-Le-Buat (commune-canton) et les communes de Pontorson et Ger.
Les hauteurs gréseuses du synclinal bocain du massif Armoricain ont pour point culminant du centre Manche le Mont Robin, avec ses 276 mètres de hauteur, le second du département. Cette chaîne de montagnes très ancienne s’éroda très lentement jusqu’au point d’offir, à ce jour, l’un des plus beaux oint de vue du département de la Manche. D’ailleurs le mont Robin servit d’appui à une station de surveillance allemande au cours de la seconde guerre mondiale. Des conglomérats, dits porphyritiques, offrent de belles pierres à bâtir, d’une couleur rougeâtre, aux environs de Torigni, Percy, Hambye, Gavray, Saint-Planchers.
La Sienne (75.7km), la Soulles (45km), la Gièse (11,7 km), la Doquette, la Noblerie et la Chefresnaise.
Les six sections furent définies par le conseil municipal de Percy, dans les grandes lignes, le 23 juillet 1791 (Saint-Jean, Mancelière, Sienne, Quesnay, Vérablière, Mesnil-Céron) et l’adoption définitive du cadastre napoléonien se fera en 1827 avec :
Section A dite du bourg (5 feuilles)
Section B dite de la Mancellière (3 feuilles)
Section C dite de Sienne (5 feuilles)
Section D dite du Quesnay (2 feuilles)
Section E dite de la Vérablière (3 feuilles)
Section F dite du Mesnil-Céron (4 feuilles)
9495 parcelles avaient été relevées sur l’état de sections du cadastre napoléonien de 1828 (1792 parcelles section A : 1727, section B ; section C ; 1155, section D ; 1342, section E ; section F)
Le plan de cadastre napoléonien, établi en 1826, révèle un coeur de bourg sous la forme d’un cercle fermé défini par le contour de l’ancestral cimetière, au centre duquel s’élevait l’église paroissiale vers lequel convergent 4 voies de communication (à l’exception de la route Saint-Lô-Villedieu). L’habitat aggloméré se limite aux intersections.
Le bourg s’étoffera dans la deuxième moitié du XIXe siècle et le début du XXe et ne cessera pas de se développer.
Le bocage (le mots existe depuis 1138 sous cette forme connue) tire son nom des bois dispersés. Le parcellaire de prés enclos par des haies vives ou des talus se développa avec les importants défrichements et se densifia avec la progession de la population rurale et le morcellement de la propriété agricole. Ce paysage bocager s’appuie sur des grandes espèces arborescentes que sont les : chênes, ormes, hêtres. Toute intervention humaine a des conséquences sur l’environnement, par exemple : les ifs, nombreux dans le paysage de bocage normand, firent les frais de leur toxicité et de la guerre de 100 ans. Le bocage constitue donc un paysage unique, d’une infinie beauté et d’une grande quiétude qui lui confère un charme si particulier, peut-être parce qu’il est avant tout, un paysage où l’homme a su garder, sa juste place. Le bocage est un paysage naturel et humanisé et si l’on désire d’adapter aux impératifs agricoles et économiques de notre époque, sachons le faire avec autant de sagesse que nos ancêtres.Les paysages et l’esthétique sont trop souvent malmenés. Les principales atteintes sont de plusieurs natures :
Les remembrements qui ont été dans bien des cas de véritables opérations de dénaturation avec notamment les disparitions des talus de terre et la végétation. Le remembrement de Percy a été réalisé à partir de 1991 et fut suivi d’une opération de "bocage valorisé".
Les implantations d’habitations contemporaines au coeur des villages d’habitat traditionnel ; c’est un phénomène croissant et inquiétant dans les environnements des églises, agglomérations traditionnelles, villages ruraux isolés ;
Les implantations de bâtiments d’exploitation agricole, industrielle, où il est difficile de concilier respect de l’environnement (dans le cadre des installations classées) et considération esthétique ;
Les restaurations de maisons anciennes dénaturées par de mauvais choix de formes, volumes, matériaux ;
L’utilisation abuse de végétaux persistants, tels que le béton vert ;
La multiplication des lignes aériennes électriques à la haute tension, aux pylônes inesthétiques. Le projet de future ligne à très haute tension (THT) portera une nouvelle fois atteinte à ce paysage ;
Les assèchements de terrains, de zones humides : véritables réservoirs écologiques, dont l’irrigation entraîne la disparition d’une faune et d’une flore spécifiques ;
L’emploi de désherbants et autres produits assimilés à la destruction d’espèces végétales et dans certains cas jusque sur les rives des cours d’eau. Celle-ci entraîne les molécules nocives. Les nitrates qui altèrent l’eau ;
Les véhicules émanant du CO2. Ect.

Origine du mot : le robin désigne le plus souvent le mouton ou le taureau (nord-ouest de la France). Le robin est aussi un expression populaire pour dénigrer un homme de robe mais aussi un personnage qui a plus de prétention que de valeur voir un paysan prétentieux "un plaisant robin". Il pourrait venir du latin "rupinus" désignant une roche à cause de la tête dure du mouton ou parce que le mouton se plaisait à paître sur les rochers. D’ailleurs les coutumes d’étalage du marché de Percy font penser à l’élevage du mouton et à l’exploitation de sa laine. Le mont Robin prend appui sur des schistes briovériens et cambriens séparés par une couche de poudingues et couronné de grès. C’est le point le plus haut du centre Manche (276 mètres). La Soulles, le Beaucoudrey et la Doquette y prennent leur source ainsi que de nombreux rus alimentant les autres cours d’eau.
La déclivité est très importante : 136 mètres entre le point culminant (276m) et la rivière de la Gièze (151m), au sud ; plus douce (100m) à l’ouest : le Breuil (170m) et le point culminant.
Nous avons souhaité confronter les participants à cette randonnée découverte à la découverte de la diversité paysagère du bocage visible avec des moyens techniques à partir de la colline. Ce site soit faire l’objet d’un aménagement afin de le rendre accessible aux amoureux de la nature.
Le paysage de bocage vu du mont Robin est grandiose et des lieux sont identifiables : agglomération de Percy ; Villebaudon (église, silo, château d’eau) ; vallée de la Montabolaise et de la Gièze, église et habitat dispersé de Margueray : temples Protestants du Chefresne ; église de Montabot ; éoliennes de Saint-Martin des Besaces ; église de Troigots ; ville de Saint-Lô (la Chevalerie, château d’eau) ; église de Baudre ; église, château et bois de Soulles ; bourg de Cerisy la Salle ; hauteurs et église de Montpinchon ; église de Notre Dame de Cenilly ; cathédrale de Coutances ; rivage de mer ; vallées de la Sienne et de la Doquette ; église du Guislain ; église de Hambye ; éolienne de Gavray ; ville de Villedieu les Poêles (clocheton de la tour Notre Dame, quartier de Saultchevreuil) : Forêt et bourg de Saint-Sever Calvados et d’autres lieux plus difficiles à identifier. Le bocage est jalonné d’éléments nettement plus enlaidissants dans le paysage environnemental : pylône de la ligne à haute tension, châteaux d’eau, etc. On y remarque aussi la diversité des densités bocagères selon que le sol fut ou non remembré.
Un calvaire y fut érigé et béni le 20 septembre 1925 par Mgr Louvard, évêque de Coutances et Avranches. Il été accompagné pour la circonstance de Monseigneur Georges Grente, évêque du Mans. Un observatoire allemand fut élevé sur le mont Robin. Un cliché permet de voir la structure pyramidale de cette construction dotée de plateformes. Le site fut au cours de la bataille de Normandie l’un des points de résistance de l’armée allemande dans les jours qui suivirent l’opération Cobra et la poche de Roncey. La bataille fut acharnée fin juillet et début août 1944.
Un poème fut écrit à l’occasion de la bénédiction du calvaire le 20 septembre 1925 :
Nul n’ignore, chez nous, que le vieux Mont Robin eut toujours pour décor ses bouquets de bruyère, ses ajoncs éternels, ses clos de sarrasin et son horizon de lumière. Il contemple à ses pieds de gracieux vallons, les hameaux dispersés qui vivent à son ombre, des chaumes, des villas, de superbes moissons et des rangs de pommiers sans nombre. Au loin, c’est la forêt qui borne Saint-Sever, les coteaux du bocage avec les vaux de Vire ; dans l’ouest, il se réserve un miroir dans la mer dont le rivage est son empire. Suzerain magnifique, au regard de vautour, il commande les feux de Barfleur à Cancale, les rochers de la côte et le nez de Jobourg sans s’émouvoir de la rafale. Devant lui, la vapeur, tournant monts et ravins, d"roule son panache à travers la campagne, et le monstre embrasé remorque ses longs trains, du Cotentin vers la Bretagne. Sur son vaste domaine aux replis florissants passe un concert joyeux comme une pastorale ; c’est la brise du Mont qui murmure ses chants au dôme de la cathédrale. Un poste de signaux, campé sur ses hauteurs, précurseur des sans fil lui valut quelque gloire ; et les gens du plateau, comme de bons auteurs, en ont célébré la mémoire. Il grandit de nos jours et sa beauté s’accroît ; hier il a reçu ses titres de noblesse d’un prince de l’Eglise, avec la haute croix qui le fait bondir d’allégresse. D’un jet le monument s’élève audacieux, comme le fût robuste et svelte d’un grand arbre ; sa cime aérienne ouvre des bras pieux dans la pâle couleur du marbre. La colonne domine un immense horizon, et sur le vert sommet, quant l’aurore s’éveille, lorsque le rouge-gorge entonne sa chanson, déjà la croix géante veille.
Si le ciel est d’azur, si le soleil ardent dont le dique royal de mille feux scintille sur la colline jette une gaze d’argent, la croix s’en fait une mantille. le couchant la revêt de ses riches couleurs ; dès que sur le plateau la nuit étend ses voiles, la croix met sur sa robe une gerbe de fleurs qu’elle emprunte aux champs des étoiles. Parfois le mont frémit de courants orageux, la tempête se mêle aux éclats de tonnerre, sous l’éclair, le granit redevient lumineux ; sa blancheur sourit à la terre. En bas, dans le vallon, est le funèbre enclos où la mort, chaque jour, rassemble ses victimes : croix du salut, veillez sur ce champ du repos ensemencé d’espoirs sublimes. Aux jours d’automne, les bouleaux se flétrissent sur la colline ; un frisson court dans leurs rameaux et le vent du nord les incline. Il précipite en tourbillons la déroute des feuilles mortes, par les sentiers et les sillons, du trépas funèbres escortes. Alors vers le sommet que protège la croix, monteront tristement les notes cadencées de vingt clochers épars, chantant, tous à la fois, le glas des âmes trépassées. Lorsque viendra Noël, sur le point culminant, nos yeux contempleront, des plus lointains villages, le signe de la croix dans un coeur rayonnant, qui sera l’étoile des mages. Veillez sur la cité qui vous mit à l’honneur, blanche croix ; bénissez une terre fidèle, donnez à ses enfants la grâce et le bonheur, gages de la paix éternelle. Mais le Mont de Percy doit prendre un nouveau nom : il est pour le chrétien mieux qu’un sommet vulgaire, il a de la croix sainte arboré le blason ; c’est " le Mont Croix", notre calvaire.
