De 1652 à 1736, seulement 3 curés se succèdent à Montabot. Encore, les sources ne précisent rien avant 1650 et je n’ai que fort peu étudié les actes des registres paroissiaux postérieurs à 1724.
Il s’agit de Nicolas TURPIN, Jacques et Jean DU VAL DE STIN. Comme on va le voir, il s’agit en fait d’histoire de famille. Nicolas TURPIN est curé de Montabot en 1652 mais j’ignore la date de sa nomination. Il décède le 16 août 1672 à son poste. Il semble que la famille TURPIN ne soit pas originaire de Montabot puisque Nicolas est le premier Turpin à apparaître dans les registres paroissiaux. Peut-être vient-il de l’Orne où l’on retrouve une famille TURPIN aisée. Alors qu’il exerce son ministère, on peut le supposer car c’est un fait établi par ailleurs, il fait venir un membre de sa famille, sans doute son frère, Michel, pour l’établir. Le fils de ce dernier, nommé Michel également, achète en 1682 la sieurie de la Giffardière. Il fait souche et devient un personnage important de la paroisse. Michel, le frère de notre curé, épouse Françoise DU VAL DE STIN. Là encore, on ne connaît pas l’origine de cette famille. Il y a pourtant des VAU DU STIN à Percy. Et c’est ainsi que va se transmettre la cure de beau-frère à frère de belle-sœur. Cette Françoise est sans doute la fille de François, ancien archer, qui décède à Montabot le 3 juin 1681. Elle est aussi la sœur de Jacques Du Val de Stin, notre second curé.Celui-ci a sans doute été nommé curé en 1672, peut être un peu avant la mort de Nicolas Turpin. Il l’est certainement entre 1675 et 1699. En 1709, il est qualifié d’ancien curé. Il décède le 28 janvier 1715 à 90 ans. Mais la cure de Montabot ne quitte pas la famille Du Val de Stin. En effet, son successeur est jean, fils de Charles de l’Aumont et de Marie LAISNAY. C’est sans doute le neveu de Jacques. A noter que Marie LAISNAY décède à Montabot plus que centenaire le 19 juillet 1716 âgée de 104 ans et 6 mois. UN exemple de mère de curé vivant avec son fils. Jean a été nommé prêtre avant 1692. A cette date, il est vicaire à Montabot. Il exerce son ministère entre 1709 et 1736 et meurt le 19 mars 1748, lui aussi fort âgé.

Autour de ces curés, évoluent, suivant les époques, un nombre plus ou moins important de desservants. Les premiers échelons dans le clergé séculier sont constitués des lecteurs et acolytes qui correspondent aux ordres mineurs. Puis viennent les sous diacres, les diacres et prêtres qui ont reçu l’un des trois ordres majeurs. Parmi les prêtres, est choisi le vicaire de la paroisse. Enfin, on trouve le curé. Il reçoit les bénéfices de sa cure, la dîme, en totalité ou partie suivant que la paroisse dépende d’une abbaye et en fonction des prélèvements de l’évêché. Néanmoins, le curé de campagne n’est pas un privilégié. Ce qui pourrait expliquer l’absence d’hostilité à son égard lors de la rédaction des cahiers de doléances à la veille de la Révolution.
En réaction à la "commande" et aux pratiques du XVIème siècle et à la première moitié du XVIIème siècle qui voyaient les curés ne pas exercer leur ministère et se contenter de passer dans leur paroisse, une fois l’an, pour toucher leurs revenus, la période étudiée voit les curés à leur poste. Les curés de Montabot ne dérogent pas à cette règle. Ils habitent à Montabot et s’impliquent dans la vie de leur paroisse.
Charles TALBOT est cité prêtre en 1651. La famille Talbot est une vieille famille de Montabot dont certains de ses membres ont embrassé la religion réformée. Peut-être n’a-t-il pas exercé à Montabot car il n’est cité qu’une seule fois . Gilles JEAN est vicaire de Montabot entre 1678 et 1685. Il n’est pas originaire de la paroisse. Mais c’est un patronyme répandu dans la région. On remarque qu’avant 1678, les prêtres sont peu nombreux (2 tout au plus). Peut être les sources ne sont-elles pas assez précises. A partir de 1678, on note la présence d’un vicaire et d’au moins un autre prêtre, Thomas BRAULT.
Thomas BRAULT, né en 1650, prêtre en 1678, est vicaire en 1687. Il a sans doute succédé à André LEBRUN dans cette charge. Les Brault sont aussi une vieille famille de Montabot. Ils sont proches des ADDE dont un membre, Nicolas, alors âgé de 18 ans, est prêtre en 1685. De 1687 à 1703, les sources ne précisent pas d’autres membres du clergé. Le vicariat est sans doute assuré par Jean Du Val de Stin. En 1703, Jacques LOHIER est acolyte. Les Lohier sont une des familles les plus anciennes de Montabot et sans doute celle comptant le plus de membres à l’époque. Il est sous diacre en 1704, diacre en 1705, prêtre en 1708 puis on perd sa trace en 1709. Sans doute -t-il été nommé dans une autre paroisse. On trouve ensuite Jacques LEMASURIER issu lui aussi d’une famille aisée de Montabot comme les Adde, Brault, Lohier. Les membres du clergé sont tous issus de familles pouvant se passer de bras et ayant des moyens suffisants pour permettre, à au moins un de leurs enfants, d’étudier pour accéder à la prêtrise. L’Église ne voulant pas de représentants nécessiteux, demande au postulant diacre de disposer personnellement d’une rente annuelle comprise entre 50 et 150 livres. Pour mémoire, à la même époque, une fille de ces mêmes familles, reçoit une dot de 400 livres lors de son mariage. Jacques Lemasurier est cité en 1715 et 1716. Claude SAVARY, d’origine extérieure à la commune, est vicaire de 1717 à 1721.
Léonor ADDE est un lointain parent de Nicolas, prêtre en 1685. Son itinéraire religieux est assez bien connu. Acolyte en 1712, sous diacre puis diacre en 1716, prêtre en 1717, il obtient la cure de Chevry entre 1722 et 1724. Il arrange ensuite le mariage d’une de ses paroissiennes avec l’un de ses frères, mais c’"est une autre histoire.
Jacques TURPIN sous diacre en 1717, prêtre de 1719 à 1724. Né en 1692, il est fils de Michel S de la Giffardière et donc petit neveu de Nicolas Turpin notre premier curé. Son parrain est Jacques du Val de Stin, notre second curé. Peut-être espérait-il retrouver la cure de ses grand oncle et parrain ?
Michel VOISIN n’est pas originaire de Montabot. Il y fait pourtant ses classes : acolyte en 1716, prêtre et vicaire de 1721 à 1725.
On voit que, par exemple en 1717, en plus du curé, on a un vicaire, un autre prêtre, un sous diacre et un acolyte pour desservir la paroisse. Cette situation n’a rien à voir avec celle que connaissent nos campagnes actuellement. La plupart des prêtres sont natifs de Montabot et y sont ordonnés. Ensuite, ils partent, sans doute, vers d’autres paroisses. Le clergé est aidé dans sa tâche quotidienne par un laïc dont le rôle est particulier : le custos. Ce nom vient du latin et signifie garde. Il a, à peu près, la signification du bedeau ou sacristain et est chargé de l’entretien des lieux du culte. On ne connait que deux custos avant 1690 : Jacques TALBOT en 1678, puis Jean TALBOT en 1685. Gilles BESSIN est custos de 1692 à 1700. un certain DUVAL le suit en 1703 puis Pierre DUCHEMIN en 1708 ; il est également maître d’école et meurt en 1714. Puis Jean BOSSARD en 1715, Pierre RICHIER de 1719 à 1721, Jacques BOSSARD de 1723 à 1724. Les custos sont choisis dans des familles dont la réputation et la richesse paraissent moindres que celles qui ont donné un prêtre. Toutes sont anciennes à Montabot sauf les Duval et Duchemin. Ces derniers sont sans doute arrivés à Montabot pour y être maître d’école.

En effet, l’instruction était assez développée en Normandie et nombreux étaient ceux qui savaient signer leur nom même si la proportion des garçons est plus forte que celle des filles. L’Evêque de Coutances, Monseigneur LOMENIE DE BRIENNE (1667-1720) avait lui-même encouragé l’école. Les enfants devant être "élevés dans la connaissance, l’amour et la crainte de Dieu, rien n’est plus à désirer que de voir des maîtres et maîtresses d’école établis et multipliés dans le diocèse autant qu’il se pourra". A Montabot, il existe un nombre suffisant de familles aisées pour ne pas pratiquer elles-mêmes, le métier de la terre et le laisser à des fermiers, métayers ou valets. Les enfants peuvent donc aller à l’école. La présence de celle-ci est attestée dès 1692. Elle est dirigée par jean TALBOT qui était également custos. Il décède le 4 janvier 1696. Xavier HARIVEL dont le patronyme est inconnu à Montabot, lui succède vers 1700.Viennent ensuite, en 1702, Michel DUCHEMIN, puis Pierre DUCHEMIN, bourgeois de Vire, jusqu’à son décès en 1714. Ensuite, Jean BOSSARD reprend la fonction ainsi que celle de custos. C’est le deuxième maître d’école natif de Montabot après Jean TALBOT. Jacques BOSSARD, un de ses proches parents, peut-être son fils, lui succède en 1725. On constate que souvent, les fonctions de maître d’école et custos sont confondues sur la même tête. D’autres laïques participent à la vie matérielle de la paroisse. Ils sont regroupés dans le conseil de fabrique dont les 2 trésoriers sont les personnages les plus importants. Ce conseil est chargé d’administrer les ressources financières de la paroisse. C’est lui qui décide des dépenses et gère les recettes. Par exemple, il alloue annuellement le droit de ramasser des pommes des pommiers du cimetière. A Montabot, les registres paroissiaux ne renseignent pas sur les membres du conseil de fabrique, ni sur ses délibérations. Néanmoins, le conseil attentera une action en justice contre les héritiers des curés Du Val de Stin. En effet, ceux-ci avaient conservé la succession de leur prédécesseur Nicolas TURPIN qui l’avait destiné à installer des cloches dans le clocher de Montabot. Ils obtiendront gain de cause. Les cloches seront fondues. Une inscription à la base du clocher en fait foi.