Fin de l’histoire. Là-haut, c’est une sorte d’arche de Noë échoué sur le Mont Ararat. Plein à ras bord. Là-haut c’est le Mont-Robin. Un îlot dans l’océan de verdure du bocage normand. Parfois au-dessus de la mer des nuages. Battu par une plie de noroît en ce décembre gris. Et dans Le grenier du Mont, certes pas les animaux de la Bible ou du Coran à sauver, mais des objets échappés au déluge du temps. Claudie et Marc ont véritablement arrimé ici leur vie, sur le deuxième point culminant de la Manche, à partir de 1998. Sorte d’îliens venus de Picardie. Et aussitôt repartis « tenir, une saison, le magasin de Chausey ». Avant, « en 2001 » d’amerrir « chez Poilâne ». Encore une île. « Super-sympa ». Où ils vivaient « dans la salle des gardes ». Une année de pain bénit où le couple avait pourtant « tout » à faire, mais aussi à jouir de lieux enchanteurs. Jusqu’à ce que l’hélicoptère qui atterrissait en terre bretonne, le week-end arrivé, se crashe avec ses propriétaires. « On était bien » se souviennent toujours avec émotion Claudie et Marc. Leur atterrissage final, réussi, lui, à 276 m d’altitude en terre de Manche, c’est au printemps 2005. « La brocante, c’est mon premier métier » confie Claudie. Le grenier du Mont entame alors sa croisière. Brocante et dépôt-vente. Qui va se terminer ce 31 décembre. L’âge de la retraite pour Claudie. Deux pontages qui ont donné un coup de moins jeune pour Marc. Dans le Noël de l’arche, sorte de capharnaüm, de tout à trouver encore. « Un stock phénoménal de cartes postales ». Quelques meubles aussi. « De l’argenterie ; beaucoup de vaisselle ». Tout à côté, « la baraque est pleine ». Trop au temps de la retraite arrivée. « Le Mont-Robin amène du monde. Beaucoup de touristes. On avait une clientèle fidèle de Paris, en résidences secondaires dans le coin. Des collectionneurs aussi ». Mais il faut bien finir un jour. « Je pense faire une vendue sur place » suppute Claudie. Par dérision ou provocation, Marc, fugace sourire malicieux dans le foin de la barbe blanche, parle de « champ pour faire du feu ». Autrefois, les naufrageurs de la Hague allumaient des brûlots sur les falaises pour piller les navires trop crédules ou égarés. Le Mont-Robin, ce n’est pas la Hague. Ni un naufrage pour Le grenier du Mont. C’est seulement la fin d’un voyage.
Laurent L’Hermitte.